Les 3 principes de l'urbanisme du care
Partir des situations vécues

Observer et comprendre avant d’agir
Comprendre un territoire, c’est d’abord partir de ce qui vit, dans sa richesse comme dans ses fragilités.
Observer l’existant, le comprendre permet de concevoir des projets ancrés dans la réalité des habitants, plutôt que dans une logique d’offre ou de standardisation.
Reconnaître l’existant,
c’est déjà agir
Chaque ville, chaque périphérie, chaque village est unique, avec ses forces, ses usages et ses fragilités.
Vouloir transformer sans tenir compte de cette réalité conduit souvent à des projets déconnectés.
À l’inverse, reconnaître ce qui existe déjà permet de développer des projets adaptés au réel, capables de répondre aux besoins réels des habitants et de recréer du lien.
Aller sur le terrain,
rencontrer, écouter
Partir des situations vécues, c’est aller à la rencontre des habitants, observer les usages quotidiens, écouter ce qui est dit et ce qui reste silencieux.
Mais il ne s’agit pas de faire de la concertation. Il faut aller vers celles et ceux qu’on entend le moins : frapper aux portes, échanger avec les associations, partager un moment avec les acteurs du quotidien.
Ces gestes simples permettent de révéler les besoins que l'on ne voit jamais, les pratiques de soin quotidiennes qui existent dans notre société, celles qu'il ne faut surtout pas casser à cause d'un projet urbain, mal pensé, qu'il s'agit surtout de renforcer et ainsi ancrer les projets dans la vie réelle.
Des projets justes,
adaptés et durables
S’appuyer sur l’existant, c’est construire des projets qui répondent vraiment aux situations vécues et aux besoins des habitants.
Cette approche évite les aménagements déconnectés et souvent coûteux à corriger.
En investissant là où c’est utile, on dépense mieux, on agit plus juste et on construit une ville qui relie.
Prendre en compte les vulnérabilités

Parce que la vulnérabilité nous concerne tous
Prendre en compte les vulnérabilités, ce n’est pas pointer les faiblesses : c’est d'abord prêter attention à un système qui agit en silence dans notre société, qui relie, qui soutient, qui maintient, qui rend nos villes vivantes.
C’est faire de l’attention à l’autre le point de départ de tout projet urbain. Ce sur quoi, en tant qu'acteurs de la fabrique urbaine, nous allons pouvoir nous baser pour imaginer un projet qui renforce, plus qu'il n'affaiblit les liens de solidarité qui existent dans nos villes.
Voir la vulnérabilité
comme une force
Prendre en compte les vulnérabilités, ce n’est pas pointer les faiblesses. C’est prêter attention à ce qui permet de maintenir nos villes vivantes.
C’est aussi admettre que chacun, à un moment de sa vie, peut se trouver en fragilité : âge, santé, isolement, précarité.
Ainsi, regarder en face cette donnée fondamentale de notre société, permet de bâtir des projets urbains capables d'avoir un vrai impact positif sur notre monde.
Intégrer les fragilités au cœur du projet urbain
Prendre en compte les vulnérabilités, c’est faire des fragilités repérées des données à partir desquelles orienter la conception du projet urbain, qu’elles soient sociales, physiques ou économiques.
Cela suppose d’aller au-delà des normes techniques seules pour prendre en compte les dimensions humaines. Concrètement, c'est prévoir un diagnostic social et environnemental dès l’amont, écouter les relais de terrain, les associations, les écoles, les acteurs locaux, et traduire leurs observations en solutions concrètes.
Cette attention dès le départ transforme la manière de concevoir la ville : elle en fait une réponse à des situations identifiées.
Le soin aux plus fragiles, une condition du bien commun
Considérer les vulnérabilités, c’est garantir que personne n’est laissé de côté. Les projets deviennent plus justes, mieux adaptés et profitent à tous et toutes.
En protégeant les plus fragiles, on améliore la qualité de vie collective et on crée un cercle vertueux où chacun bénéficie des attentions portées aux autres.
Partager la responsabilité

Refaire société, c’est apprendre à faire ensemble
La ville n’appartient pas qu’aux experts. Elle se construit avec celles et ceux qui la vivent et qui les font tenir.
Partager la responsabilité, c’est reprendre la part de soin qui nous incombe à tous et toutes et redonner du pouvoir d’agir à celles et ceux qui contribuent à maintenir les liens dans notre société.
Faire de la ville
une œuvre collective
La ville n’appartient pas qu’aux experts. Elle se construit avec celles et ceux qui la vivent.
Partager la responsabilité, c’est impliquer plus largement : élus, techniciens, mais aussi habitants, associations, métiers du lien, entreprises locales.
Les ressources économiques, foncières...Les défis urbains, sociaux, écologiques et démocratiques sont trop complexes aujourd'hui pour être portés seuls. se font trop rares. Les relever exige un écosystème bien plus large.
Faire et durer ensemble
Partager la responsabilité, c’est associer plus largement à chaque étape du processus, de la conception à la gestion quotidienne.
Il ne s’agit pas seulement de co-élaborer un projet, mais aussi d’assumer ensemble sa mise en œuvre et son évolution dans le temps.
Concrètement, il faut organiser des ateliers collectifs avec des acteurs qui ne travaillent pas directement dans le secteur de la fabrique urbaine : centres sociaux, éducateurs, associations, aidants au sens large du terme, tous ces métiers du lien et dus soin... pour trouver ensemble des solutions, chantiers partagés, implication des relais de quartier : autant de manières de maintenir vivante cette responsabilité collective.
La confiance, moteur
du faire ensemble
Quand la responsabilité est partagée, les décisions sont mieux comprises et mieux acceptées.
Les projets deviennent surtout plus solides, car ils n'entrent pas en contradiction avec des activités de solidarité connexes qui existent dans nos villes. Chacun y a pris part et continue à faire vivre un écosystème plus vigoureux. Cette coopération contribue à maintenir nos villes, en les rendant plus robustes. Cela réduit les conflits, les blocages et les gaspillages liés aux aménagements mal adaptés.
Ainsi, on crée une culture selon laquelle notre cadre de vie est la responsabilité de tous. Chaque acteur se sent valorisé et retrouve confiance en l’action publique.
De la théorie à l'action :
Zoom sur Gagny : Une méthodologie d'AMU sur-mesure qui évolue en fonction des besoins réels
Récemment inscrit dans le périmètre de quartier prioritaire de la politique de la ville, les Dahlias comporte un parc de 241 logements sociaux gérés par le bailleur Seqens. L’équipe LDV Studio Urbain s’est mobilisée aux côtés des locataires pour que leurs paroles, revendications, idées et craintes soient entendues et prises en compte par les maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre dans le projet de résidentialisation.
Comprenant progressivement que les points de tensions étaient principalement dûs aux incompréhensions de chaque partie prenante face aux besoins réels et conditions de vie des locataires, nous avons fait évoluer notre méthodologie pour qu’elle réponde davantage à ces enjeux. Une rencontre entre l’association des locataires et la police municipale, une balade urbaine avec les jeunes du quartier, des ateliers supplémentaires ont ainsi été organisés pour avancer au mieux ensemble, vers un projet qui soit le plus juste pour chacune des parties prenantes.

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Zoom sur l'Atelier Popcorn : La ville à hauteur d'enfants, l'exemple des cours d'école
Penser la ville à l’aune de l’urbanisme du care, c’est d’abord reconnaître les absences autant que les présences. Depuis plus de quarante ans, les enfants disparaissent progressivement de nos espaces publics. Pourtant, ils constituent un public particulièrement vulnérable, dont les besoins, les usages et les voix restent largement invisibilisés. Faire la ville pour eux aujourd’hui, c’est poser les bases d’une citoyenneté engagée demain : c’est leur permettre d’expérimenter, dès le plus jeune âge, leur place dans le collectif et dans le monde.
Dans cette perspective, la cour d’école apparaît comme un micro-espace public fondamental. C’est là que se jouent les premières formes de cohabitation et de rapports sociaux : entre celles et ceux qui recherchent le mouvement et la dépense physique, celles et ceux qui aspirent au calme et au retrait, ceux qui privilégient la coopération, l’imaginaire ou la créativité. Petits et grands, filles et garçons, enfants à l’aise dans le groupe ou en quête de tranquillité — toute la diversité des usages qui traverse l’espace public s’y exprime déjà, à échelle réduite. La cour devient ainsi un terrain d’apprentissage sensible de la pluralité, de l’attention à l’autre et du vivre-ensemble.
Renaturer les cours d’école s’inscrit pleinement dans cette approche du care. Il ne s’agit pas seulement de transformer des surfaces minérales en espaces végétalisés, mais de recréer des liens entre les enfants et le vivant, de susciter l’émerveillement, de cultiver une attention au fragile et à l’interdépendance. En réintroduisant la nature, on offre aussi des ambiances variées, propices à une multiplicité d’usages et d’expériences sensibles.
Enfin, donner la parole aux enfants dans la conception de ces espaces, c’est reconnaître leur capacité à participer au dialogue public. C’est affirmer qu’ils ne sont pas seulement des usagers à protéger, mais des acteurs à part entière, porteurs d’une expertise d’usage précieuse. Leur faire une place, toute leur place, dans la fabrique de la ville, relève pleinement d’une éthique du care : une attention active à celles et ceux que l’on a trop longtemps tenus à l’écart.
Zoom sur l' AFEV
Roubaix : Une salle commune comme levier de réparation sociale et d’urbanisme du care
Située dans le quartier de l’Union à Roubaix, la résidence Kaps de l’Afev accueille des étudiants engagés dans des actions solidaires au cœur d’un îlot mêlant habitants et publics divers. En son centre, une salle commune s’est progressivement imposée comme un espace structurant de rencontres, d’initiatives et de vie collective, bien au-delà de la résidence elle-même.
La salle commune constitue ainsi une véritable « salle opérationnelle » au service des actions solidaires menées auprès des publics accompagnés. Elle accueille notamment les séances de mentorat organisées chaque semaine, durant lesquelles les kapseurs accompagnent des jeunes du quartier dans leurs parcours. Samanda, engagée dans la résidence depuis décembre 2024, y suit régulièrement une jeune fille pour l’aider dans ses devoirs, mais aussi pour créer un lien de confiance et encourager des formes d’entraide plus larges, au-delà du cadre strictement scolaire.
Enfin, le lieu dépasse largement le cadre de la résidence Kaps pour devenir un véritable espace-ressources à l’échelle de l’îlot. Des habitants y viennent travailler, échanger ou simplement utiliser des services du quotidien, comme imprimer un document. Pour Samanda, ces temps partagés jouent un rôle essentiel dans la vie quotidienne : en étant largement ouvert, le lieu favorise des rencontres inattendues et multiplie les interactions sociales entre des personnes qui ne se seraient pas croisées autrement.
